Vue minimaliste d'un environnement de laboratoire technologique français avec équipement de recherche innovant
Publié le 15 mai 2024

La réussite du financement d’une DeepTech en France ne dépend pas de la perfection technologique, mais de votre capacité à envoyer les bons signaux de dé-risquage aux investisseurs.

  • Les métriques de traction alternatives (partenariats R&D, validation réglementaire) ont plus de valeur que le chiffre d’affaires initial.
  • Une structuration intelligente de votre pré-amorçage (statut JEI, BSA-AIR) est cruciale pour protéger votre capital et crédibiliser votre projet auprès des fonds.

Recommandation : Cessez de penser comme un chercheur, commencez à penser comme un investisseur stratégique pour qui chaque action est un signal.

Vous êtes un chercheur-entrepreneur. Votre technologie est une rupture, le fruit de plusieurs années de recherche fondamentale. Vous avez une vision. Mais face à vous, le marché financier semble parler une autre langue. Un cycle de développement de cinq, voire sept ans, sans chiffre d’affaires prévisible, effraie la quasi-totalité des interlocuteurs traditionnels. On vous conseille de « faire un business plan solide » ou de « vous tourner vers Bpifrance », des conseils aussi évidents que peu actionnables. Vous vous heurtez à un mur d’incompréhension, une asymétrie d’information fondamentale entre votre certitude scientifique et le doute financier de vos interlocuteurs.

La frustration est légitime. Cependant, l’échec de nombreux projets DeepTech à se financer ne réside pas dans leur faiblesse technologique, mais dans une mauvaise compréhension des règles du jeu de l’investissement à risque. Le financement DeepTech n’est pas une course à la meilleure technologie, c’est un jeu de stratégie. L’enjeu n’est pas de prouver que votre innovation fonctionne en laboratoire, mais de démontrer que vous maîtrisez et réduisez les risques à chaque étape de votre développement. Votre mission est de transformer l’incertitude scientifique en un risque de marché quantifiable et acceptable pour un investisseur.

Cet article n’est pas une énième liste de guichets de financement. Il est conçu comme le manuel de l’investisseur que vous n’avez jamais eu. Nous allons décoder, étape par étape, les signaux que les VCs attendent, les pièges qu’ils vous voient tendre à vous-même, et les stratégies concrètes pour transformer votre projet de recherche en un dossier d’investissement incontournable pour l’écosystème français. Il est temps d’apprendre à parler leur langue : celle du dé-risquage.

Pour naviguer avec succès dans cet écosystème complexe, il est essentiel de comprendre les logiques de chaque acteur, des banques frileuses aux fonds spécialisés. Cet article vous guidera à travers les étapes clés et les points de vigilance pour structurer votre démarche de financement.

Pourquoi les banques classiques refusent systématiquement les projets sans chiffre d’affaires immédiat ?

La porte fermée de votre conseiller bancaire n’est pas une attaque personnelle, mais la conséquence directe de son modèle économique et réglementaire. Le métier d’une banque commerciale n’est pas de financer l’innovation à haut risque, mais de prêter de l’argent avec une probabilité de remboursement proche de 100%. Un projet DeepTech, avec ses 5 ans de R&D avant le premier euro de chiffre d’affaires, représente l’antithèse de ce modèle. L’incertitude technologique, l’absence de marché validé et le manque d’actifs tangibles à mettre en garantie sont autant de « red flags » pour un comité de crédit.

Ce refus est même institutionnalisé. Depuis la crise de 2008, les nouvelles exigences réglementaires de Bâle III, qui imposent par exemple un coussin de conservation de 2,5% de CET1 supplémentaire, ont encore renforcé l’aversion au risque des banques. Financer votre projet reviendrait pour elles à immobiliser un capital précieux pour un risque qu’elles ne savent ni évaluer ni maîtriser. Elles sont structurellement incapables d’analyser le risque technologique ; elles ne savent analyser que le risque financier, basé sur l’historique et les flux de trésorerie.

Cependant, il ne faut pas les rayer de votre plan de financement. Comme le souligne le cabinet Eldorado, spécialisé dans le financement de l’innovation, les banques sont des partenaires de l’étape d’après. « Les banques se montrent particulièrement actives dans le financement des startups et des prêts sont envisageables en later-stage pour les deeptech, une fois les principales étapes de développement technologique et d’incertitude passées ». Votre objectif n’est donc pas de les convaincre aujourd’hui, mais de survivre et de vous développer avec d’autres sources de financement pour pouvoir, demain, leur présenter un dossier acceptable : un premier contrat signé, une technologie certifiée, ou une levée de fonds réussie qui a dé-risqué le projet.

Comment obtenir le statut Jeune Entreprise Innovante (JEI) dès la première année ?

Le statut de Jeune Entreprise Innovante (JEI) n’est pas un simple avantage fiscal ; c’est le premier signal de crédibilité que vous pouvez envoyer à l’écosystème. Il officialise le caractère innovant de votre projet et vous place d’emblée dans une catégorie reconnue par Bpifrance, les investisseurs et les talents que vous cherchez à recruter. Obtenir ce statut dès la première année est une étape stratégique qui prouve votre capacité à vous structurer et à maîtriser les dispositifs qui vous sont dédiés. Il permet des exonérations significatives de charges sociales sur les salaires des chercheurs et techniciens, un levier de cash-flow non négligeable quand la trésorerie est reine.

Ce n’est pas un club fermé. En France, de nombreuses entreprises ont déjà compris son intérêt. Vous pourriez ainsi rejoindre les quelque 4 338 entreprises qui bénéficient du statut JEI, un dispositif qui a représenté 248 millions d’euros d’exonérations de charges sociales en 2021. Pour y parvenir, il ne s’agit pas d’improviser. La clé est une gestion rigoureuse de vos dépenses de R&D dès le premier jour. Le critère principal est de pouvoir justifier qu’au moins 15% de vos charges totales sont dédiées à la R&D. Cela impose de documenter précisément le temps passé par les fondateurs sur les sujets techniques, d’amortir correctement le matériel de recherche et de structurer vos éventuelles collaborations avec des laboratoires publics.

Le processus est largement dé-risqué par la procédure du rescrit fiscal. Avant même la fin de votre premier exercice, vous pouvez soumettre votre dossier à l’administration fiscale qui vous donnera une réponse en trois mois. Un silence de leur part vaut acceptation. C’est une assurance contre tout redressement futur et un tampon officiel que vous pourrez fièrement afficher. Ne pas demander le statut JEI, c’est laisser de l’argent sur la table et rater une occasion de valider formellement votre ADN innovant. C’est une erreur de débutant qu’un investisseur remarquera.

Fonds généralistes ou spécialisés DeepTech : qui appeler pour un ticket de 2M€ ?

Une fois votre projet structuré, la question du « qui appeler » devient centrale. Contacter le mauvais fonds n’est pas seulement une perte de temps, c’est un signal négatif. Cela montre que vous n’avez pas fait vos devoirs. Pour un ticket de 2 millions d’euros en Seed, vous entrez dans la cour des fonds de capital-risque (VCs). La distinction entre fonds généralistes et spécialistes est ici cruciale. Un fonds généraliste, même s’il a une poche « DeepTech », raisonnera toujours avec une grille d’analyse plus orientée marché et business model. Un fonds spécialisé, souvent issu d’un écosystème de recherche (comme Supernova Invest issu du CEA), aura des analystes capables de comprendre votre rupture technologique en profondeur.

Il ne s’agit pas de choisir l’un ou l’autre, mais de comprendre leur philosophie. Un spécialiste DeepTech investira sur la base du potentiel de votre technologie, tandis qu’un généraliste investira sur la base de votre capacité à transformer cette technologie en un business scalable. Votre pitch doit s’adapter en conséquence. Il existe également une troisième voie, de plus en plus pertinente en France : le Corporate Venture Capital (CVC), le bras armé d’investissement des grands groupes industriels. Ils n’apportent pas seulement des fonds, mais un accès au marché, des terrains d’expérimentation (PoC) et une crédibilité sectorielle immense.

Cette convergence entre l’agilité des startups et la puissance des industriels est un axe majeur de la stratégie DeepTech française. Pour un projet à cycle long, s’adosser à un industriel peut être une manière de sécuriser des revenus et de prouver la pertinence de sa technologie sur le terrain. Pour vous aider à y voir plus clair, une cartographie des acteurs est indispensable. Le tableau suivant présente quelques-uns des fonds les plus actifs dans la DeepTech française, avec leurs spécificités.

Cartographie des principaux fonds DeepTech français par ticket et spécialisation
Fonds Ticket moyen Thématiques Profil
Bpifrance French Tech Seed 1M€ Généraliste deeptech labellisé Amorçage très précoce, co-investissement requis
Supernova Invest 500K€ à 15M€ Nouveaux matériaux, biotechs, IA appliquée Spécialiste issu du CEA et Amundi
Elaia Partners 500K€ à 10M€ IA, quantique, cyber, hardware Généraliste avec 40% en deeptech
Seventure Partners 1M€ à 10M€ Biotech, microbiome, foodtech, santé digitale Spécialiste santé et agritech
Karista 1M€ à 5M€ Medtech, santé numérique, IA médicale Spécialiste medtech

Le piège de la dilution excessive lors de la phase de Love Money

La phase d’amorçage, souvent financée par le « Love Money » (famille, amis) ou des business angels, est un moment de grande vulnérabilité pour les fondateurs de DeepTech. L’urgence de trouver du cash pour survivre pousse à accepter des conditions qui peuvent s’avérer désastreuses à long terme. L’instrument financier star de cette phase en France est le BSA-AIR (Bon de Souscription d’Actions par Accord d’Investissement Rapide). C’est un outil formidable de flexibilité, mais c’est aussi une bombe à retardement s’il est mal paramétré. Le principal danger est la dilution excessive et non maîtrisée.

Le BSA-AIR est une forme de dette qui se convertira en actions lors de votre future levée de fonds (Série A), avec une décote sur la valorisation de ce tour. L’erreur classique est de négocier un « cap » (valorisation plafond) trop bas. Imaginons que vous leviez 200 000€ en BSA-AIR avec un cap à 1M€. Si, 18 mois plus tard, grâce à une percée technologique, vous levez une Série A sur une valorisation de 10M€, vos premiers investisseurs convertiront leurs parts comme si la société ne valait que 1M€. Vous aurez ainsi « vendu » une part de votre entreprise 10 fois moins cher que sa valeur réelle au moment de la levée. Chaque BSA-AIR est une dette de dilution future, et un cap trop faible rend cette dette exponentielle.

Il est donc impératif de ne pas céder à la facilité. Un investisseur professionnel qui verra une table de capitalisation truffée de BSA-AIR avec des caps déraisonnablement bas y verra un signe de naïveté de la part des fondateurs, et donc un risque. Pour vous protéger, vous devez négocier chaque paramètre : un cap réaliste (entre 1M€ et 3M€ pour une DeepTech en pré-amorçage), une décote raisonnable (15-25%), et surtout un « floor » (valorisation plancher) qui vous protège en cas de tour de financement à une valorisation plus faible que prévu (down-round). La maîtrise de ces instruments financiers n’est pas une option, c’est votre première ligne de défense pour conserver le contrôle de votre projet.

Quand présenter votre MVP industriel : les signaux attendus par le marché

Dans l’univers du logiciel, le « Minimum Viable Product » (MVP) est une version dégradée du produit lancée rapidement pour tester le marché. En DeepTech, cette notion est un non-sens. Il n’y a pas de « version dégradée » d’un nouveau matériau, d’une molécule thérapeutique ou d’un processeur quantique. L’équivalent du MVP pour une DeepTech est ce qu’on pourrait appeler le « Milestone de Validation Externe« . Ce n’est pas forcément un produit fini, mais une preuve irréfutable, reconnue par une tierce partie crédible, que votre technologie a franchi une étape critique et a dépassé le stade du concept de laboratoire.

Comme le définit Cédric Curtil, Directeur Exécutif de CentraleSupélec Venture, « Une Deeptech s’appuie sur une innovation technologique majeure, issue de la recherche, ayant atteint un stade de maturité lui permettant d’imaginer un marché et un modèle économique. » Le MVP industriel est précisément ce moment où la maturité technologique devient visible de l’extérieur. Cela peut prendre plusieurs formes : la publication d’un article dans une revue scientifique de premier plan, l’obtention d’un brevet majeur, une pré-certification par une agence réglementaire, ou encore la réussite d’un démonstrateur à une échelle pertinente.

En France, l’un des signaux les plus puissants est d’être lauréat d’un concours d’innovation de l’État, comme le concours i-Lab. Ce n’est pas seulement une question d’argent (la subvention peut atteindre 600 000€). C’est avant tout un processus de « due diligence » technique mené par des experts indépendants mandatés par Bpifrance. Être lauréat i-Lab, c’est obtenir un tampon officiel qui dit : « Cette technologie est sérieuse, et l’État français y croit ». Pour un VC, ce signal est inestimable. Il dé-risque une partie de l’inconnue technologique et prouve que vous avez su naviguer dans l’écosystème de l’innovation. Présenter votre projet à un VC avant d’avoir atteint de tels jalons est souvent prématuré. Vous devez arriver avec des preuves, pas seulement des promesses.

Comment construire des métriques de traction alternatives pour rassurer les VC ?

L’obsession des startups « classiques » pour les métriques commerciales (MRR, churn, CAC) est un piège mortel pour une DeepTech. Vous n’aurez pas de chiffre d’affaires significatif avant des années, et c’est normal. Tenter de vous justifier sur ces indicateurs est un aveu de faiblesse. Vous devez changer de terrain de jeu et imposer vos propres métriques : les métriques de traction non-commerciale. Elles sont la preuve que, même sans vendre, votre projet avance et agrège de la valeur.

Un investisseur DeepTech aguerri sait lire entre les lignes et cherche ces signaux alternatifs. Ils peuvent être regroupés en trois grandes catégories :

  • La traction par l’écosystème : Avez-vous réussi à convaincre d’autres acteurs majeurs de la pertinence de votre projet ? La signature d’un partenariat de recherche avec un laboratoire de renom (INRIA, CNRS, CEA) ou l’intégration dans un consortium européen (Horizon Europe) a mille fois plus de valeur que quelques utilisateurs bêta. Cela prouve que des experts reconnus valident votre approche.
  • La traction réglementaire : C’est un dé-risquage majeur. Obtenir une pré-certification, un avis favorable d’une agence (ANSM pour la santé, EASA pour l’aéronautique), ou même simplement un plan de validation accepté est un signal extrêmement fort. Cela montre que vous avez anticipé les barrières à l’entrée et que votre technologie est sur la bonne voie pour être commercialisable un jour.
  • La traction par les talents : Votre capacité à attirer des pointures est un indicateur de la crédibilité de votre projet. Si vous parvenez à débaucher un chercheur de rang mondial d’un grand laboratoire public ou un ingénieur clé d’un grand groupe, cela prouve que les meilleurs experts du domaine croient en votre vision et sont prêts à prendre un risque pour vous rejoindre.

Ces métriques doivent figurer en bonne place dans votre deck. Elles sont la substance qui prouve que votre « time-to-market » de 5 ans n’est pas une période de vide, mais une phase de construction de valeur intense et stratégique. Dans un écosystème où, selon le bilan 2024 de Bpifrance, 40% des investissements deeptech concernent l’Intelligence Artificielle, savoir se différencier par des métriques de traction uniques est encore plus crucial.

Pourquoi réaliser des PoC gratuits tue votre trésorerie et votre crédibilité ?

Un grand groupe industriel vous approche, fasciné par votre technologie, et vous propose de réaliser une « preuve de concept » (PoC). C’est une validation incroyable, pensez-vous. Mais il y a un hic : ils veulent que ce soit gratuit. Accepter est l’une des erreurs les plus coûteuses que vous puissiez faire. Un PoC gratuit n’est pas un partenariat, c’est une prestation de R&D gratuite pour un grand compte qui a les moyens de la payer. Cela envoie un signal désastreux : vous ne valorisez pas votre propre technologie, alors pourquoi un investisseur le ferait ?

Au-delà du signal, l’impact sur votre trésorerie est direct. Un PoC mobilise vos meilleures ressources techniques pendant des semaines, voire des mois. C’est du temps et de l’énergie qui ne sont pas consacrés au développement de votre produit principal. Le coût d’opportunité est immense. Pendant que vous personnalisez une solution pour un seul client potentiel qui ne s’est engagé à rien, votre roadmap technologique prend du retard. Si le PoC échoue ou que votre interlocuteur change de poste, vous vous retrouvez avec zéro : pas de contrat, pas de revenus, et une trésorerie amputée.

La bonne approche est de refuser systématiquement le PoC gratuit et de proposer une alternative constructive. En France, il existe un mécanisme puissant pour cela : le projet de R&D collaboratif financé. Proposez au grand groupe de monter ensemble un dossier auprès de Bpifrance (via les appels à projets i-Nov, par exemple) ou d’un Pôle de Compétitivité. L’industriel y gagne une innovation co-financée par l’État, et vous, vous transformez ce qui aurait été une charge en une source de revenus et un jalon de validation officiel. C’est une stratégie gagnant-gagnant qui prouve votre maturité et votre connaissance de l’écosystème. Un projet labellisé et financé devient un actif, un PoC gratuit est un passif.

Un bon dossier de Deeptech, c’est un plan de financement articulé entre le haut de bilan, les subventions et le prêt bancaire. Et chacun doit avoir son rôle.

– Jérôme Lamotte, Interview Maddyness sur le financement deeptech

À retenir

  • Pensez en « signaux de dé-risquage » (partenariats, brevets, prix) plutôt qu’en chiffre d’affaires pour prouver votre traction.
  • Maîtrisez les outils de l’écosystème français (statut JEI, CIR, concours i-Lab, projets collaboratifs) pour financer votre R&D et crédibiliser votre projet.
  • L’équipe, sa capacité à exécuter une stratégie et à s’entourer, a souvent plus de valeur pour un investisseur que la perfection de la technologie seule.

Levée de fonds Seed en France : pourquoi 90% des dossiers sont rejetés en 5 minutes ?

Le chiffre est brutal mais réaliste : la grande majorité des decks envoyés « à froid » à des VCs finissent à la poubelle après une lecture de quelques minutes. La raison n’est souvent pas la qualité de la technologie, mais une série d’erreurs dans la forme et la stratégie d’approche. Les investisseurs sont sur-sollicités et ont développé des filtres redoutables. Un deck qui ne répond pas immédiatement aux questions clés (« Quel problème ? Quelle solution ? Quel marché ? Quelle équipe ? Quelle traction ? ») est écarté. Une valorisation fantaisiste, une méconnaissance de l’écosystème concurrentiel ou l’absence de « warm introduction » sont des motifs de rejet quasi automatiques.

En France, plus qu’ailleurs, l’écosystème fonctionne en réseau. Envoyer un email générique via le formulaire de contact d’un fonds est la pire des stratégies. Vous devez obtenir une introduction qualifiée (« warm intro »), c’est-à-dire être recommandé par une personne que le fonds respecte. C’est un filtre de confiance essentiel. Il existe trois canaux principaux pour obtenir ces introductions :

  • Via Bpifrance : Le bras armé de l’État est omniprésent. Avec 400M€ investis en direct en 2024 et une présence dans plus d’un tiers des tours deeptech, Bpifrance est un co-investisseur de choix. Être accompagné par leurs équipes ouvre les portes de leur réseau.
  • Via les incubateurs et accélérateurs spécialisés : Intégrer un programme DeepTech reconnu (Agoranov, Paris-Saclay Venture, etc.) vous donne accès à leur réseau de fonds partenaires qui font confiance à leur processus de sélection.
  • Via les avocats d’affaires et leveurs de fonds : Ces professionnels ont des relations personnelles avec les partners des fonds et leur crédibilité est en jeu à chaque dossier qu’ils présentent. C’est un service payant, mais souvent efficace.

Votre plan d’action pour un storytelling d’investissement percutant

  1. Points de contact : lister tous les canaux où le signal est émis (deck, site web, profil LinkedIn du fondateur, etc.).
  2. Collecte : inventorier les éléments existants (phrases clés, visuels, données mises en avant) pour chaque canal.
  3. Cohérence : confronter ces éléments à votre proposition de valeur unique et à votre stratégie de dé-risquage. Le message est-il unifié ?
  4. Mémorabilité/émotion : repérer ce qui rend votre projet unique et mémorable par rapport à la concurrence. Est-ce l’histoire de l’équipe, la rupture technologique ?
  5. Plan d’intégration : identifier les messages faibles ou contradictoires et planifier leur remplacement pour construire un récit puissant et cohérent.

Au final, l’adage d’Xavier Lazarus, associé fondateur d’Elaia, un des fonds DeepTech les plus respectés en France, reste la vérité ultime de l’investissement. « La technologie ne fait pas tout et l’équipe qui la porte est primordiale. On fera de plus belles sociétés avec une moins bonne technologie et une meilleure équipe que l’inverse. » Votre capacité à lever des fonds est le premier et le plus grand test de la qualité de votre équipe.

Pour mettre en pratique ces conseils, l’étape suivante consiste à réaliser un audit honnête de votre projet à travers le prisme d’un investisseur. Évaluez vos signaux de traction, structurez votre plan de financement et préparez-vous à raconter une histoire de dé-risquage, pas seulement une histoire de technologie.

Rédigé par Marc Dubreuil, Expert-comptable et Commissaire aux comptes, spécialiste du financement de l'innovation et des startups DeepTech. Avec 15 ans de pratique en cabinet d'audit et de conseil, il maîtrise parfaitement les dispositifs fiscaux complexes comme le Crédit Impôt Recherche (CIR) et le statut JEI. Il accompagne les fondateurs de la phase d'amorçage jusqu'à la levée de fonds en série A.