Choix stratégique entre statuts juridiques pour une startup technologique
Publié le 18 mai 2024

Votre choix de statut juridique n’est pas une formalité administrative, c’est le premier document que vos futurs investisseurs auditeront en due diligence.

  • La flexibilité de la SAS n’est pas un confort, mais une exigence pour structurer des levées de fonds complexes via un pacte d’associés et des actions de préférence.
  • Des erreurs précoces sur l’objet social, la fiscalité (option IR) ou l’absence de pacte créent une « dette juridique » qui effraie les VCs et peut bloquer un tour de table.

Recommandation : Dès la création, pensez chaque clause non comme une obligation légale, mais comme un élément de votre futur pitch de financement pour construire une structure « investment-ready ».

En tant qu’entrepreneur dans la tech, votre esprit est tourné vers le produit, le marché, la croissance. La question du statut juridique, SAS ou SARL, vous semble souvent être une case administrative à cocher, un mal nécessaire avant de pouvoir enfin vous lancer. La plupart des conseils se résument à une platitude : « la SAS est plus souple ». C’est vrai, mais c’est terriblement incomplet. Cette vision ignore une vérité fondamentale que j’observe tous les jours dans mon cabinet : votre structure juridique est la fondation de votre future maison. Si les fondations sont bancales, mal pensées ou basées sur des économies à court terme, la maison ne supportera jamais l’ajout d’un ou plusieurs étages – vos levées de fonds.

L’erreur que commettent 90% des fondateurs est de penser à leur société au jour J, et non à ce qu’elle devra être au jour J+2 ans, lors du premier tour de table. Or, un investisseur, qu’il soit un business angel ou un fonds de capital-risque (VC), ne fait pas que parier sur une idée. Il investit dans une structure saine, prévisible et sécurisée. La première étape de son analyse, la fameuse due diligence, consistera à éplucher vos statuts, votre pacte d’associés, et vos décisions fiscales initiales. Chaque erreur, chaque « bricolage » juridique est un signal négatif, une « dette technique juridique » qui devra être remboursée à un coût exorbitant, en temps et en argent, juste avant le closing. Parfois, cette dette est si lourde qu’elle fait capoter l’opération.

Cet article n’est pas un énième comparatif SAS/SARL. Il adopte la perspective d’un investisseur en capital-risque. Nous allons décortiquer ensemble des points techniques précis, souvent négligés, pour vous montrer comment chaque choix juridique initial est en réalité un message que vous envoyez à vos futurs partenaires financiers. L’objectif est de vous armer pour construire une structure non seulement légale, mais stratégique et « investment-ready » dès le premier jour.

Pour vous guider à travers ces décisions critiques, nous aborderons les points stratégiques que tout fondateur de startup tech doit maîtriser. Ce guide vous donnera les clés pour anticiper les attentes des investisseurs et bâtir une structure juridique solide, prête pour la croissance.

Pourquoi le statut de Président de SAS est-il préféré par les créateurs qui ne se versent pas de salaire ?

C’est souvent la première « optimisation » à laquelle pense un fondateur : ne pas se verser de salaire au début pour préserver la trésorerie. En SAS, le président non rémunéré est affilié au régime général de la Sécurité Sociale en tant qu’assimilé-salarié, mais un point crucial change la donne : en l’absence de rémunération, aucune cotisation sociale n’est due. Cette absence de charges est une aubaine pour une startup qui compte chaque euro. À l’inverse, un gérant majoritaire de SARL, même non rémunéré, reste redevable de cotisations sociales minimales en tant que Travailleur Non Salarié (TNS).

Cette distinction explique en grande partie la popularité de la SAS. Pour une jeune pousse, pouvoir réinvestir l’intégralité de ses premiers revenus dans le développement sans supporter le poids des charges sociales d’un dirigeant est un avantage compétitif majeur. Cela permet de tenir plus longtemps avant de devoir lever des fonds, et donc de le faire sur une meilleure valorisation. La différence de coût est considérable : un président de SAS rémunéré peut voir le total des charges représenter près de 82% de son salaire net, une somme colossale pour une jeune entreprise.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans risque, et un investisseur averti le verra immédiatement. Comme le souligne Legalplace, le revers de la médaille est une absence totale de protection sociale pour le dirigeant.

Si vous ne vous versez aucun salaire, aucune cotisation sociale n’est due mais vous n’avez alors aucune couverture sociale liée à ce mandat.

– Legalplace, Guide des charges sociales en SAS

Pour un VC, un fondateur sans couverture santé, prévoyance ou retraite représente un « key man risk » (risque lié à l’homme clé) très élevé. Que se passe-t-il si vous tombez malade ? Si vous avez un accident ? L’entreprise peut être mise en péril. Un bon signal à envoyer est de prévoir, en parallèle, une couverture personnelle (mutuelle, prévoyance « loi Madelin » par exemple), financée par l’entreprise, pour montrer que vous avez conscience de ce risque et que vous l’avez mitigé.

En somme, le statut de président de SAS non rémunéré est un outil puissant de gestion de trésorerie en début de parcours, mais il doit être utilisé avec intelligence et conscience des risques, en le couplant avec une protection personnelle pour rassurer les futurs partenaires financiers.

Comment rédiger un objet social assez large pour permettre un pivot futur ?

L’objet social définit le périmètre des activités que votre société est autorisée à exercer. Pour une startup, c’est une clause d’une importance stratégique capitale. Une erreur classique est de le rédiger de manière trop restrictive, en se focalisant uniquement sur le produit ou le service initial. « Développement et commercialisation d’une application mobile de gestion de recettes de cuisine » est un objet social précis, mais dangereux. Que se passera-t-il si vous découvrez que votre véritable marché est le B2B, en vendant votre algorithme de suggestion à des groupes agroalimentaires ? Ou si vous pivotez vers la création de contenu vidéo culinaire ? Vous seriez hors des clous, nécessitant une modification statutaire coûteuse et complexe.

Un investisseur recherche des fondateurs avec une vision, mais aussi avec l’agilité nécessaire pour s’adapter au marché. Un objet social large est un signal fort de cette agilité. Il montre que vous avez anticipé la possibilité d’un pivot, qui est la norme plutôt que l’exception dans l’univers tech. La bonne approche est celle des « cercles concentriques » :
Le premier cercle est votre activité principale, actuelle et précise. Les cercles suivants élargissent le champ à des activités connexes, à des technologies sous-jacentes, et enfin à des opérations plus générales (conseil, formation, acquisition de participations). Par exemple, au lieu de « application de recettes », on pourrait rédiger : « La conception, le développement, l’édition et l’exploitation de logiciels et d’applications mobiles, notamment dans le domaine de la foodtech ; la création et la diffusion de tous contenus éditoriaux ; toutes prestations de conseil et de formation ; et plus généralement, toutes opérations… ».

Cette approche est validée par les instances consulaires elles-mêmes, qui reconnaissent la nécessité de la flexibilité.

L’objet social peut être défini de façon très large alors que l’activité exercée pourra être réduite selon l’établissement

– CCI Paris Ile-de-France, Guide sur la rédaction de l’objet social

En clair, il vaut mieux avoir une autorisation large et n’en utiliser qu’une partie, que l’inverse. Pour un VC, un objet social bien rédigé est un signe de maturité et de préparation. Il évite une future discussion sur la nécessité de modifier les statuts en plein milieu d’un tour de financement, ce qui est perçu comme de l’amateurisme et une perte de temps.

En définitive, ne voyez pas l’objet social comme une description, mais comme une permission. Donnez-vous la permission d’évoluer, de pivoter et de saisir les opportunités que vous ne pouvez même pas encore imaginer.

Impôt sur le Revenu ou Impôt sur les Sociétés : quelle option pour les 3 premières années déficitaires ?

Par défaut, une SAS est soumise à l’Impôt sur les Sociétés (IS). Cependant, une option souvent mise en avant pour les jeunes entreprises est de choisir une imposition sur le Revenu (IR) pour les premières années. L’argument est simple : une startup est presque toujours déficitaire au démarrage. En choisissant l’IR, ces déficits ne sont pas « perdus » dans la société, mais viennent directement imputer les autres revenus du foyer fiscal des associés. Pour un fondateur qui a un conjoint avec un salaire confortable, cela peut se traduire par une économie d’impôt personnelle significative.

Cette option, bien que temporaire — elle ne peut être exercée que pour 5 exercices maximum — semble séduisante. Cependant, du point de vue d’un futur investisseur, c’est une bombe à retardement. Le principal problème est que ce mécanisme mélange le patrimoine et la fiscalité de l’entreprise avec ceux de ses dirigeants. Un investisseur veut une séparation claire et nette. Il investit dans une entité autonome, pas dans une structure dont la rentabilité fiscale dépend de la situation personnelle des fondateurs.

Mais le risque le plus grave, la véritable « dette juridique », est ailleurs. C’est un point technique souvent ignoré qui peut coûter très cher.

Lorsqu’une société choisit l’option à l’IR, elle perd la possibilité de reporter les déficits fiscaux qui ne sont pas utilisés au moment du changement de régime fiscal.

– Le Blog du Dirigeant, Option à l’IR : conséquences fiscales et sociales

Concrètement, cela signifie que si votre startup accumule 100 000€ de déficit sous le régime de l’IR, et que vous n’avez pu en imputer que 20 000€ sur vos revenus personnels, les 80 000€ restants sont perdus à jamais au moment de repasser à l’IS. Or, en restant à l’IS dès le début, ces 100 000€ de déficit auraient été « reportables », c’est-à-dire qu’ils seraient venus annuler les 100 000€ de premiers bénéfices de la société, générant une économie d’IS de 15 000€ à 25 000€. Pour un investisseur, détruire un tel actif fiscal (le déficit reportable) est une faute de gestion. Cela démontre une vision à court terme et une méconnaissance des mécanismes qui créent de la valeur à long terme.

La recommandation est donc quasi-systématique pour une startup à ambition : restez à l’IS. Vous construisez un actif fiscal (le déficit reportable) qui sera valorisé par vos futurs investisseurs et qui optimisera la rentabilité de l’entreprise lorsqu’elle deviendra bénéficiaire.

Le risque de s’associer à 50/50 sans pacte d’associés dès le début

L’enthousiasme des débuts, deux amis, deux visions complémentaires, et l’évidence de s’associer à parts égales : 50/50. C’est un schéma de départ extrêmement courant, empreint de confiance et d’équité. Pourtant, du point de vue d’un avocat ou d’un investisseur, c’est la pire configuration possible, une véritable recette pour le désastre. Pourquoi ? Parce qu’une répartition à 50/50 crée un risque de blocage total. Si un désaccord majeur survient sur une décision stratégique (pivoter, vendre, recruter un C-level…), personne n’a la majorité. La société est paralysée, incapable d’avancer ou de reculer. Pour un VC, injecter de l’argent dans une société en situation de blocage potentiel est inenvisageable.

La SARL, avec son formalisme plus lourd, a un gérant dont les pouvoirs sont souvent plus encadrés par la loi. La SAS, elle, offre une liberté statutaire immense, ce qui est à la fois sa force et son danger. Sans garde-fous, cette liberté peut conduire à des situations inextricables. C’est ici qu’intervient le pacte d’associés (ou pacte d’actionnaires). Ce document, signé en parallèle des statuts, est un contrat privé qui régit les relations entre les associés. Il est le lieu où l’on peut (et doit) prévoir les solutions aux futurs problèmes.

Le pacte est l’endroit où l’on peut « casser » la symétrie dangereuse du 50/50. On peut y désigner un président avec un voix prépondérante en cas de partage, ou prévoir des mécanismes de sortie forcée (« shotgun clause » ou « clause texane ») où l’un des associés peut obliger l’autre à lui vendre ses parts ou à racheter les siennes à un prix prédéterminé, débloquant ainsi la situation. Comme le rappelle très justement Qonto, le pacte est un complément indispensable aux statuts, surtout en SAS.

La SAS est le statut idéal pour une start-up. Pour mieux l’encadrer sur le plan juridique, il est conseillé de rédiger un pacte d’actionnaires en parallèle des statuts.

– Qonto, Statut juridique pour une start-up : lequel choisir ?

Ne pas avoir de pacte d’associés dès le jour 1, surtout dans une configuration à 50/50, est un signal d’amateurisme pour les investisseurs. Cela montre que vous n’avez pas anticipé les frictions humaines et les difficultés inhérentes à la vie d’une entreprise. Un investisseur exigera systématiquement la signature d’un pacte avant d’investir, mais il préférera de loin voir que les fondateurs ont eu la maturité de le faire entre eux bien avant son arrivée.

Le meilleur moment pour signer un pacte d’associés, c’est quand tout va bien et que tout le monde est d’accord. N’attendez pas la première crise pour découvrir que votre association est une bombe à retardement.

L’erreur de ne pas prévoir de clause de sortie conjointe (Tag-Along) dès le début

Dans le prolongement de la nécessité d’un pacte d’associés, attardons-nous sur une clause spécifique, souvent perçue comme un détail technique par les fondateurs, mais qui est scrutée à la loupe par les investisseurs : la clause de sortie conjointe, ou « Tag-Along« . Cette clause protège les actionnaires minoritaires. Elle leur donne le droit de vendre leurs propres actions aux mêmes conditions (notamment de prix) que l’actionnaire majoritaire, si ce dernier décide de vendre sa participation à un tiers.

Imaginez une startup avec deux fondateurs (A et B) et un premier investisseur (C, minoritaire). Si le fondateur A, qui détient la majorité, reçoit une offre de rachat alléchante pour ses parts de la part d’un grand groupe, que se passe-t-il pour B et C ? Sans clause de Tag-Along, ils pourraient se retrouver coincés dans la société, désormais co-actionnaires avec un grand groupe industriel dont les intérêts ne sont pas alignés avec les leurs. La clause de Tag-Along leur garantit une porte de sortie. « Si tu sors, je peux sortir avec toi aux mêmes conditions ».

Cette clause est un standard absolu dans les levées de fonds. Tout investisseur l’exigera pour se protéger. Mais le signal le plus fort que vous puissiez envoyer est d’intégrer cette logique entre fondateurs, dès le premier pacte. Cela montre que vous avez une vision long terme, que vous respectez les intérêts des minoritaires et que vous comprenez les mécanismes de liquidité. Un pacte entre fondateurs qui inclut déjà un Tag-Along (et son contraire, le « Drag-Along », qui oblige les minoritaires à vendre si une offre de rachat pour 100% de la société est acceptée par les majoritaires) est un document qui respire le professionnalisme. La SAS, par sa flexibilité, est le véhicule parfait pour mettre en place ces mécanismes sur-mesure. Comme le souligne une analyse sur les avantages de la SAS pour les startups, ce statut est conçu pour cela.

L’intégration de ces clauses démontre une compréhension fine des enjeux de capital. La SAS permet de structurer les levées de fonds avec des actions de préférence, un pacte d’actionnaires et des clauses d’entrée/sortie. Bien rédigés, les statuts et le pacte d’actionnaires constituent le socle juridique de la relation entre fondateurs et investisseurs, un point clé pour toute due diligence.

En somme, ne considérez pas ces clauses comme du jargon d’avocat. Ce sont les règles du jeu qui permettent à tout le monde de savoir comment la partie peut se terminer, et c’est cette prévisibilité que les investisseurs achètent.

Quand utiliser le capital variable pour faire entrer des associés sans frais d’acte ?

L’idée est séduisante : le capital variable permet d’augmenter ou de diminuer le capital social de la société entre un plancher et un plafond, sans avoir à chaque fois à procéder à une modification statutaire, à des frais d’enregistrement et à une publication d’annonce légale. C’est la promesse d’une grande agilité, notamment pour faire entrer et sortir facilement des associés. Pour une startup qui cherche à attirer des talents en leur offrant des parts, cela peut sembler être l’outil idéal. C’est pourtant une fausse bonne idée, et un signal souvent négatif pour des investisseurs professionnels.

Le capital variable est souvent perçu dans l’écosystème tech comme une solution « low-cost » ou « amateur ». Il manque de la rigueur et du cadre que les VCs attendent. L’entrée d’un nouvel actionnaire n’est pas un acte anodin. Elle doit être un moment formalisé, marqué par une assemblée générale, une valorisation claire et une mise à jour de la table de capitalisation. Le capital variable, par sa fluidité, peut mener à une gestion opaque de la cap table, ce qui est un repoussoir absolu en due diligence.

La SAS offre des outils bien plus puissants, structurés et reconnus par l’écosystème international du capital-risque pour intéresser les salariés et partenaires : les BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d’Entreprise) ou les AGA (Actions Gratuites).
Ces instruments sont spécifiquement conçus pour l’actionnariat salarié. Leur fiscalité est avantageuse, leurs conditions sont encadrées par la loi (vesting, etc.) et ils sont parfaitement compris par les investisseurs. Utiliser des BSPCE montre que vous maîtrisez les standards du secteur, tandis que le capital variable peut laisser penser que vous avez choisi une solution de facilité mal adaptée. La force de la SAS est justement de permettre ces montages sophistiqués.

La SAS permet de créer différentes catégories d’actions pour structurer les levées de fonds, avec une attractivité renforcée pour les investisseurs

– Annonces légales faciles, Pourquoi la SAS est le meilleur statut pour une startup

Cette capacité à créer différentes catégories d’actions (actions de préférence, actions ordinaires…) est le cœur de la structuration des levées de fonds et des plans d’intéressement. Le capital variable est un outil trop rudimentaire qui ne tire pas parti de cette richesse.

Laissez le capital variable aux structures plus traditionnelles et adoptez les outils (BSPCE, AGA) qui parlent le langage de la tech et du capital-risque. C’est un signal clair de votre ambition et de votre professionnalisme.

À retenir

  • Le choix SAS/SARL n’est pas administratif mais stratégique : il constitue la base de votre future due diligence par les investisseurs.
  • La SAS est quasi-obligatoire pour une startup tech ambitieuse en raison de sa flexibilité pour les levées de fonds, le pacte d’associés et l’actionnariat salarié (BSPCE).
  • Chaque « optimisation » initiale (non-rémunération, option IR) comporte des risques et envoie un signal (positif ou négatif) à vos futurs partenaires financiers.

Céder les droits ou concéder une licence : quel impact sur la valeur de votre startup ?

Pour une startup technologique, la propriété intellectuelle (PI) – le code, l’algorithme, la marque – n’est pas juste un actif, c’est souvent L’ACTIF principal. La manière dont cette PI est apportée à la société dès sa création a un impact direct et massif sur sa valorisation future et sur la capacité à lever des fonds. Un investisseur doit avoir la certitude absolue que la société est bien la propriétaire pleine et entière de la technologie qu’elle exploite. Toute ambiguïté est un « deal-breaker ». Deux options principales s’offrent au fondateur qui a développé la PI avant la création de la société : la cession des droits ou la concession d’une licence d’exploitation.

La cession est un transfert définitif de propriété : le fondateur vend son code à la société (souvent en échange de parts sociales, via un apport en nature). La société devient l’unique propriétaire. C’est le scénario le plus clair et le plus sécurisant pour un investisseur. La licence est un « prêt » : le fondateur reste propriétaire de sa PI et autorise la société à l’utiliser, souvent en échange de redevances (royalties). Ce scénario est beaucoup plus risqué pour un investisseur : que se passe-t-il si le fondateur révoque la licence ? Ou s’il la concède à un concurrent ? Cela crée une dépendance inacceptable.

Sauf cas très particulier (ex: PI issue d’un laboratoire de recherche public qui impose une licence), la cession est donc la voie royale. Elle doit être formalisée par un contrat de cession en bonne et due forme, détaillant précisément ce qui est cédé. Si cet apport est valorisé à plus de 30 000€ et représente plus de la moitié du capital social, l’intervention d’un commissaire aux apports est obligatoire pour valider la valorisation. Ne pas respecter ce formalisme, c’est ouvrir la porte à une remise en cause ultérieure, notamment par le fisc. Le tableau suivant, basé sur une analyse de Legalstart, synthétise les scénarios et les points de vigilance.

Cette analyse, tirée de données croisées, est essentielle pour comprendre les enjeux. Comme le montre une analyse comparative récente des pratiques en startup, le traitement de la PI est un point de friction majeur lors des audits.

Comparatif cession vs licence de propriété intellectuelle pour startups
Scénario Type d’apport recommandé Impact sur la valorisation Points de vigilance
Fondateur seul apportant son code Cession nette des droits Valorisation maximale, propriété claire Documentation complète requise pour due diligence
Deux fondateurs, l’un apporte la PI Cession avec évaluation par commissaire aux apports Valorisation équilibrée entre associés Risque fiscal si surévaluation détectée
IP issue d’un projet universitaire Licence (souvent obligatoire) Valorisation plus faible, perçue comme moins sécurisée Vérifier les droits de l’université, clauses d’exclusivité
Co-développement avec plusieurs contributeurs Cessions multiples consolidées Complexité accrue mais propriété solide Traçabilité de chaque contribution individuelle

En conclusion, « verrouiller » la PI au sein de la société par une cession claire et bien documentée dès le premier jour n’est pas une option, c’est une obligation pour toute startup qui a l’ambition de lever des fonds.

Kbis et immatriculation : les 3 erreurs de code NAF qui bloquent vos aides régionales

Le code NAF (Nomenclature d’Activités Française), aussi appelé code APE, est le dernier détail auquel on pense lors de la création. On le choisit souvent rapidement sur le formulaire, en prenant le plus proche de ce que l’on fait. C’est une grave erreur. Ce simple code, qui décrit l’activité principale de votre entreprise, a des conséquences directes et très concrètes sur votre éligibilité à des aides financières clés, sur votre convention collective et même sur vos contrats d’assurance. Comme le souligne le cabinet Exprime Avocat, son choix est loin d’être anodin.

L’activité va déterminer le code APE de l’établissement et ainsi définir la convention collective applicable. Il est donc très important de bien vérifier si l’activité mentionnée correspond au code APE souhaité.

– Cabinet Exprime Avocat, Comment choisir l’objet social de sa société

Pour une startup tech, un mauvais code NAF peut vous fermer les portes des dispositifs de financement de l’innovation les plus importants. Par exemple, choisir « Conseil » (7022Z) au lieu de « Programmation » (6201Z) ou « Édition de logiciels » (5829C) peut vous rendre inéligible au Crédit d’Impôt Recherche (CIR) ou au Crédit d’Impôt Innovation (CII), des dispositifs qui peuvent représenter des centaines de milliers d’euros de trésorerie. De même, de nombreuses aides régionales à l’innovation sont conditionnées à des codes NAF spécifiques. Un mauvais choix, et vous êtes hors-jeu.

L’enjeu va au-delà des aides. Votre code NAF dicte votre convention collective (par exemple, SYNTEC pour le numérique), qui impose des règles spécifiques en matière de salaires, de temps de travail, etc. Il a aussi un impact sur votre assurance Responsabilité Civile Professionnelle (RC Pro). Un assureur peut refuser de couvrir un sinistre s’il estime que le dommage provient d’une activité qui ne correspond pas au code NAF déclaré, car le risque (et donc la prime) n’est pas le même pour un éditeur de logiciel et une société de conseil.

Les erreurs sont fréquentes et coûteuses. Il est crucial d’anticiper son activité réelle et de choisir le code le plus stratégique, quitte à en discuter avec un expert-comptable ou un avocat spécialisé avant le dépôt des statuts. Une source comme ce guide sur le choix de l’objet social met en lumière ces pièges.

Votre checklist pour un code NAF stratégique

  1. Erreur 1 à éviter : Choisir 7022Z (Conseil) au lieu de 6201Z (Programmation) ou 5829C (Édition de logiciels). Vérifiez l’impact direct sur votre éligibilité au Crédit Impôt Recherche (CIR) et Innovation (CII) lors des contrôles.
  2. Erreur 2 à anticiper : Déclarer un code d’édition de logiciel alors que l’activité est du service. Confrontez le code choisi avec les grilles tarifaires des assureurs RC Pro pour valider la cohérence et éviter un refus d’indemnisation.
  3. Erreur 3 à ne pas commettre : Omettre de déclarer des activités secondaires stratégiques (ex: formation, conseil) dans l’objet social. Listez vos futures sources de revenus et assurez-vous qu’elles sont couvertes pour éviter des frais de modification de statuts.
  4. Point de vigilance : Confirmez que le code NAF choisi vous rattache bien à la convention collective la plus pertinente (ex: SYNTEC) pour votre secteur afin d’appliquer les bonnes règles sociales.
  5. Action préventive : Simulez des demandes d’aides régionales ou de Bpifrance avec le code NAF envisagé pour tester en amont votre éligibilité et ne pas avoir de mauvaises surprises.

En définitive, le choix du statut et l’architecture juridique de votre startup ne sont pas des formalités, mais bien le premier acte de votre stratégie de financement. En adoptant dès le départ la perspective d’un investisseur, vous construisez une entreprise non seulement innovante, mais aussi solide, lisible et prête à accueillir les partenaires qui vous aideront à réaliser votre ambition.

Rédigé par Sophie Vasseur, Avocate au Barreau de Paris spécialisée en droit du numérique et de la propriété intellectuelle. Titulaire d'un Master 2 en Droit du Multimédia et de l'Informatique, elle cumule 12 années d'expérience en rédaction de contrats SaaS et gestion de contentieux IT. Elle conseille quotidiennement les éditeurs de logiciels sur la conformité RGPD et la protection de leurs actifs immatériels.